Le Prix Mirabeau 2020

La Miranostalgie ?

Alors que cela fait un mois que le rideau est tombé et que le micro est coupé, le Comité Mirabeau vous propose de rythmer votre semaine et de combler votre nostalgie du Prix Mirabeau (ou de la creuser encore plus au choix).

Une fois n’est pas coutume, nous tenions sincèrement à exprimer toute notre gratitude pour ces deux jours festifs et éloquents ! Oratrices, orateurs, accompagnantes, accompagnants, cher public, vous avez chacun contribué à donner corps à l’événement et sans vous, tout aurait été différent. Avec un grand plaisir, nous vous proposons de (re)découvrir les meilleurs extraits des passages des oratrices et des orateurs dont les voix ont résonné dans le Théâtre Alexandre Dumas les 22 et 23 janvier.

Sujet : Les désirs sont désordres

Thomas de Toulouse, à la positive

« Mes désirs me tuent, ils conduisent à ma ruine,
guidés seulement par eux,guidés seulement par eux, ils se glissent intrépides,
dans le creux de mes jours, dans le noir de mes nuits.
Si je les chasse ils se pressent en procession morbide,
si je les écoute ils me plongent dans un désordre infini.
Bon c’est pas du Rimbaud mais c’est pas mal quand même !
Qu’on m’aide, qu’on m’arrache à moi-même
Qu’on m’ôte l’envie, l’envie d’avoir envie (elle est pour toi celle là Johnny)
Que plus un geste ne me soit permis de faire,
Que plus une passion ne pénètre en mes terres
Ma vie rangée à présent je la veux
Plus d’amour et point d’amoureux
Ciel, écoutez ma requête
Voyez que plus je désire et plus je perds tête. »

Emma de Rennes, à la négative

« Tous nos désirs ne sont que la manifestation de l’ordre social. Ils ne sont pas désordres, ils ne sont pas « en ordre » : ils sont l’ordre. On nous a appris à désirer seulement ce que la réalité sociale nous impose. Et si, par malheur, on  ose rêver à des désirs désordonnés, ce n’est pas le nombre qui manquera pour venir nous envenimer de discours cassants et décourageant. Pourquoi croyez-vous que l’homosexualité a été réprimé si longtemps, et l’est encore ? Parce que ce n’est pas dans « l’ordre des choses », c’est un peu « contre-naturaan » vous comprenez ? Mais bon, je cite : « moi je suis pas homophobe, c’est un homme qui m’a appris à coudre » fin de la citation, qu’on pourrait considérer comme la version 2.0 du désormais culte : « je suis pas raciste, j’ai un ami noir ». 
Nous n’avons plus besoin de la société et des autres pour limiter nos désirs à ce que l’ordre permet : nous le faisons très bien nous-mêmes : c’est là notre habitus, qui transforme un ordre imposé en un désir volontaire. »

Sujet : Les rêves donnent du travail 

Quentin d’Aix, à la positive

« Au fond le rêve nous inspire. C’est en cela que nous pouvons puiser au cœur des rêves une force créatrice infinie. De l’onirisme des tableaux du surréaliste René Magritte, aux dessins automatiques d’André Masson, les territoires sans frontières du rêve et de l’inconscient n’ont fait qu’attirer l’âme de l’artiste, du génie, du créateur. Néanmoins, les rêves n’ont tout de même pas la capacité de plier le réel comme bon leur semble. Le réel ne se soumet pas à la volonté de l’intelligible, le réel lui, crache, mord, aboie, – et la caravane de nos rêves ne passe pas toujours si facilement. »

Mathis de Grenoble, à la négative 

« Nos rêves ne nous donnent pas de travail parce qu’ils ne sont pas forcément réalisables, parce qu’il y a du changement dans nos aspirations et nos envies. Combien ici rêvent de l’ONU et seront très heureux de travailler dans une ONG qui aide ces enfants qui ne sont rien mais qui donnent tout ? Combien rêvent de l’ENA et seront très heureux de travailler dans un IRA parce que « de toute façon l’ENA ça ne leur aurait pas plu, qu’ils voulaient travailler dans du concret » ? Combien rêvaient de présidence de la République et furent très heureux d’être président de l’Assemblée Nationale ? Combien se rêvent en Claude Bartolone et travailleront en Mathis Druelle ? Vos aspirations d’aujourd’hui ne seront pas vos réussites de demain, vos rêves changent avec vous parce que le monde bouge ! »

Sujet : La loi s’applique à tous sauf à ceux qui la font 

Clémentine de Lille, à la positive

« La loi est belle, grande, mince, sensuelle…un poil érotique. Certains la touchent, d’autres la frôlent, certains encore ne l’approchent même pas. Elle nous susurre à l’oreille ces règles que nous devons adopter. Nous prend dans ses bras pour nous montrer comment nous comporter en société. La loi, belle être charnel, que nous imaginons comme l’être aimé. Cette dernière, peu importe ce qu’elle est, vous impose son désir. Cher auditoire, ce soir je n’aurai qu’une question pour vous ? Oseriez-vous contredire, désobéir, ou ignorer cette dernière? Peu importe ce qu’elle est, loi divine, loi social, loi juridique. »

Sujet : La liberté n’a pas toujours les mains propres  

Tristan de Saint-Germain-en-Laye, à la positive

« Alors, lorsqu’il s’agit de Liberté, il faut bien le dire, je suis d’une génération née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Non par que notre Liberté soit parfaite, mais comparé à Malraux, je n’ai pas connu grand-chose. 
Car lui, l’Homme de toutes les Résistances, il avait appris que ceux qui sont pour la liberté sans force, sont des rêveurs qui veulent la pluie sans orage. Il était d’une époque qui avait été traumatisée par la violence et qui était consciente que leur liberté, ils avaient été la chercher aux périls de leurs idéaux.  
Alors petit à petit, on s’est mis à entrer dans une certaine forme d’amnésie. Si la jeune génération n’a plus besoin des armes, alors on lui racontera que les armes ça n’existe pas vraiment, que les tortionnaires au fond n’aimaient plus ce qu’ils faisaient et que les révolutionnaires étaient des pacifistes incompris.
Mais si la plus grande qualité de l’Homme est de connaître ses défauts, je suis aussi d’une génération qui admet volontiers qu’il est plus facile d’avoir des grands principes lorsqu’on a le ventre plein. Et, si le pacifisme est le langage qu’un sourd peut entendre et que l’aveugle peut voir, il sera très certainement le langage qui fera le plus rire l’ennemi de la Liberté.
« 

Anastasia de Bordeaux, à la négative

« Chère liberté, ce soir en l’honneur de mon grand-père j’ai des mots à t’adresser, et pour commencer je voudrais m’excuser. Je voudrais m’excuser qu’ils t’accusent d’avoir les mains salies alors que des crimes sont encore au creux de leurs doigts pervertis. Je voudrais m’excuser qu’ils confondent leurs actes avec ton âme, se lavant de leurs pêchés à tes détriments et c’est bien là tout le drame. Liberté, mon amour, toi qui compose en vers mais surtout contre tout, c’est le souvenir de ta douceur d’antan qu’ils ont oublié alors qu’ils plongeaient leurs mains dans le sang. Ils sont intimement convaincus qu’il faudrait t’entraver pour te conquérir de leurs propres mains, mais je t’en prie, pardonne leur liberté, ils ne sont que trop humains.« 

Sujet : La vraie vie est ailleurs 

Gabriel de Lyon, à la positive

« Scientifiquement, la vie vient d’une explosion, collision nous faisant voyager aux t côtés des planètes naissantes dans la queue d’une étoile filante. Physiquement, la vie vient de la queue d’une étoile montante qui arrêtera sa carrière, trépidante car les castings ne sont pas une rente suffisante.
Religieusement, la vie vient du créateur qui façonna l’homme à son image, pâle photocopie du grand sage, l’on devait manquer d’encre rouge dès les premières pages. Lyriquement, la vie est dans les bras d’un amant ou d’une amante aimante qui vous chuchotera dans son lit que vous êtes toute sa vie, vous l’appellerez mon chat tout en oubliant qu’ils en ont 9 des vies ceux-là. Politiquement, la vraie vie est partout, sauf au gouvernement, comment quelqu’un qui a étudié de la science politique 5 ans s’arroge-t-il le droit de vous dire ce qu’est la vraie vie. Philosophiquement, la vraie vie c’est la recherche éternelle du bonheur insatiable et insaisissable. Chien essayant de se mordre la queue, Carotte au bout du bâton, mais seul ceux qui ont le bras long réussissent à l’attraper c’est acté. »

Samuel de Strasbourg, à la négative 

« En réalité, la vraie vie n’est ni ailleurs, ni ici et encore moins là bas, la vraie vie n’est tout simplement pas. Il n’existe que la vie. Ni vraie, ni fausse, simplement la vie. 
En réalité, cette croyance dans l’existence d’une vraie vie de l’ailleurs n’est-elle pas la conséquence de l’injonction au bonheur que la société nous impose ? Celle d’une vie parfaite où ne prévaut qu’un bonheur démonstratif et immédiat. 
On recherche dans cette présumée vraie vie tout ce qui est introuvable dans nos propres existences : le bonheur espéré, le partenaire rêvé, un maire pour Levallois-Perret. 
Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, la vie est une chienne. Elle est parfois violente, souvent injuste mais nullement vaine. »

Extraits de la Finale : 

Sujet : La misère est si belle  

Célia de Saint-Germain-en-Laye, à la positive  

« Maintenant, plongez votre regard dans la profondeur du tableau que je m’apprête à vous décrire, vous les voyez ?
Derrière la brume grise, le mélange bleuté pour représenter les ruissellements de la seine parisienne et juste là, à côté : sous le pont, blottis dans l’obscurité, représentés par des silhouettes : la misère croule, et le froid, la faim, la maladie s’incarnent dans ses oubliés qui gisent à même le sol. Ces malheureux, ces miséreux, ces demi-morts se pensaient femmes et hommes, ne sont plus que des ombres.  
Mais un peu plus loin encore, la misère ne s’arrête pas là, ces immeubles en arrière plan, ces grands blocs de béton :  là bas se trouve la misère physique. Derrière des portes verrouillés, le bruit des coups et des pleurs se fait entendre, avec la violence pour unique vérité.
Et dans l’immeuble d’en face, la misère psychologique. Cette détresse qui vous envahit. Cette solitude qui vous repousse au fond de vos retranchements, cette peine sur vos épaules. Celle qui vous paralyse : et puisque personne ne trouve la force de sonner l’alarme, elle coule sur votre joue. »

Sarah de Grenoble, à la négative

« Mais surtout, Madame la Misère, vous êtes seule.
Vous êtes la seule compagne des supers loosers, des outsiders, des loupés, des ruinés, des clochards célestes, des soirées raclette en solitaire, des pots de nutella vidés à la petite cuillère, des éternels insatisfaits, des clitoris jamais trouvés… 
Ah mais tiens parlons-en, quand on n’a que l’amour à offrir en partage, on se dit que l’amour et l’eau fraîche suffiront. Quel pitié d’y avoir cru ! Salade de fruit joli joli c’est avec émotion que m’échappe le fruit de ta passion. A vouloir la frugalité, on finit par oublier le goût de l’abricot et tu te dis qu’elle est loin d’être belle la sobriété heureuse. Et quand l’autre part car l’herbe est toujours plus verte ailleurs ta misère sexuelle se double d’une misère affective et tu te retrouves seul chez toi, un verre de vin à la main vide de sens et plein de vide. »

Sujet : Jeunesse seule ne pourra 

David de Bordeaux, à la négative

« Excités, comme j’aurais pu l’être lors d’un campus Jeune Républicain à La Baule, ils lui ont réclamé une photo, et elle leur a parlé jeunesse. Elle leur dit que la jeunesse était de toutes couleurs et de toutes formes, de visage si divers, de cheveux de toutes teintes et toutes textures et mêmes de cheveux recouverts. Elle leur dit que la jeunesse était facteur de changement, par une attitude insolente, provocante, parfois même irritante, et que la fonder sur le temps était un saccage, que la jeunesse n’avait pas d’âge. (Souffle) Avec la subtilité d’une femme de lettre sachant allier sagacité, savoir et sagesse… Elle s’était au fond fendue, à mon égard, d’un “vieux con”. « 

Léa de Paris, à la positive

« Si vous vous êtes trompés, on ne vous en veut pas, s’il y a des ratures on ne vous en veut pas, on modifiera le dessin avec vous. Mais la beauté de notre oeuvre, dépendra du dessein qu’on lui assignera. Et c’est la palette qui nous a été confiée, les couleurs que vous nous avez envoyées, lorsqu’on habitait de l’autre coté, qui teinteront, nuanceront, contrasteront avec celles que vous avez déposé il y a des années lorsque vous même êtes arrivés. A notre traversée, nous sommes prêts à peindre le monde de demain, mais vous comprenez bien qu’on ne peut éparpiller des couleurs si au préalable vous ne nous avez pas préparé le brouillon, qui par définition est soumis à une évolution. Car disposer des tâches sans les ordonner, revient à faire une toile impressionniste. »

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